Vincent Balmand

Agriculteur, St Nicolas La Chapelle, Val d’Arly.

« Zéro terre, zéro ferme, zéro vache. C’est bien simple, quand j’ai commencé, je n’avais rien. Enfin si… les deux hectares de mon grand-père sur lesquels j’ai construit ma maison. »

Entre Vincent et son grand-père, l’envie d’être paysan a joué à saute-mouton par-dessus la tête du père, parti faire le maçon à Combloux, village station de montagne huppé posé en balcon face au mont Blanc. Vincent y a grandi en pensant aux vaches du grand-père, passées à son oncle, repreneur des terres et de la ferme familiale à Saint-Nicolas la Chapelle. Le désir s’affermit au gré des visites chez ses oncles maternels, paysans à Megève et au Reposoir.

Le déclic se produit en 2003, dans un de ces moments où l’on sent qu’il est des occasions qui ne se présenteront qu’une fois. La location d’un alpage de 44 hectares propriété de la commune de Saint- Nicolas la Chapelle, village de la famille paternelle, arrive à son terme. Le jeune homme de 24 ans a entre-temps bouclé ses études agricoles à la Maison Familiale Rurale de Cruseilles et lassé de faire l’ouvrier, il compte bien ne pas laisser filer sa chance, même si la « montagne » est abandonnée par ses locataires depuis trois ans. Les circonstances lui sourient, la commune entend bien réinstaller un troupeau de vaches sur l’alpage.

Les bâtiments ? Il les construit avec l’aide de son père. L’étable est au rez-de-chaussée « à l’ancienne, sur place, et sans stabulation libre, car en plus c’est moins cher ». Les vaches garderont donc leurs cornes, « et même si c’est un peu plus dangereux, c’est fait pour avoir des cornes les vaches, non ? » souligne le jeune homme. L’été 2004, Vincent emmontagne avec 10 vaches sur l’alpage des Esselières, à 1 500 mètres, à 6 kilomètres de la vallée et du village de son grand-père. Pour sa première saison d’alpage.

Pour atteindre ce tableau bucolique, Vincent a conduit son affaire avec une volonté à pousser les moraines. Jusqu’en 2009, par précaution et par nécessité, il mène la double vie du paysan-perchman. Levé à 5 h pour traire les quinze vaches gardées à l‘étable l’hiver, avant de partir s’occuper du téléski, puis retour à 17 h pour la traite du soir.

« Le Beaufort, c’est une chance » se réjouit Vincent.

Extrait du portrait publié dans le livre « Le Beaufort, Réinventer le fruit commun » aux éditions Libel déc.2016